Tribune PWA et Marché

Une semaine à attendre les conditions parfaites

A l'occasion de la PWA de marignane, et après plus de 20 ans d'attente, nous attendions tous un grand spectacle. Durant les 3 jours que nous avons passé sur place, nous avons navigué 70% du temps, nous avons envoyé sur l'eau plus de 60 personnes en test, nous avons admiré des coureurs professionnels s'entrainer avec un matériel incroyable et plétorique, mais seules 4 poules de 3mn, courues à 500m du bord, on été validées.

On a pu observer et comprendre l'incrédulité et la déception du public, et on comprend un peu plus pourquoi le monde de la PWA ne fait plus rêver grand monde, même au sein des passionés.

Cette association de coureurs s'est octroyé le droit de décerner un titre mondial en lieu et place de l'IFCA, mais a mis en place des règles incompréhensibles aux yeux de beaucoup. On observe que les règles ont surtout pour conséquence d'assurer une parfaite immobilité de la hiérarchie mondiale. Je ne rentrerai pas plus dans les détails ici, mais quel sport réellement équitable connait une telle staticité du top 5 (je ne parle même pas des 25 titres consécutifs du champion du monde actuel) ?

Que ce soit en PWA, ou plus généralement dans toute la compétition haut niveau en funboard, on a visiblement oublié quelle est l'essence même de la compétition. Au lieu de récompenser le meilleur sportif dans les conditions rencontrées et avec un matériel donné, on cherche à se faire plaisir dans des conditions parfaites, et à établir des records (en terme de vitesse sur l'eau et de gaspillage financier). Si on agissait de la même façon dans d'autres sports que je connais très bien, chaque épreuve de la coupe du monde de ski durerait 1 mois, et nécessiterai un financement sur 5 ans !!

Ainsi, les spectateurs de Marignane ont pu assister, sans le comprendre, à des séries de poules annulées parce que 2 coureurs sur 8 perdaient le planning après la bouée, quand le reste du plateau découpait le plan d'eau de toute part, que ce soit en matériel de foil ou de slalom.

Comment admettre, avec une telle débauche de matériel, qu'il faille en plus des conditions météo parfaites pour valider une course ? Comment admettre qu'avec de telles compétences techniques et physiques, il ne soit pas possible de départager des compétiteurs dans les conditions telles qu'elles sont ? Après tout, tous sont logés à la même enseigne ... que le meilleur gagne ! C'est une remarque que j'ai entendu au moins 50 fois dans le WE de la part des spectateurs. On ne peut que leur donner raison.

PWA

Prise de conscience ?

Devant cette situation, les coureurs eux même ont senti le ridicule de la situation, et ont lancé une réflexion autour de l'intégration du foil sous forme d'épreuves cumulées Foil + Slalom. C'est une façon, certes un peu partielle et simpliste, de répondre à la problématique, mais elle a le mérite de montrer que tous ne se satisfont pas de la situation actuelle.

Pour préciser les choses, la PWA organise un circuit mondial de Slalom avec une 15aines de dates. L'association des coureurs demande un financement d'environ 150 000 USD de la part de chaque ville d'accueil (si si, vous avez bien lû). A cela s'ajoute les frais d'hébergement des officiels, de production video, d'organisation sur l'eau ... le tout à la charge également de l'hôte le la course. On comprend dès lors que les candidats ne se battent pas ! Tout ceci est valable pour une épreuve (slalom par exemple). Si on veut ajouter une épreuve comme le foil, la PWA demande une rallonge de l'ordre de 10 000 USD. Cela signifie que Foil et Slalom sont 2 épreuves distinctes, qui font l'objet d'un classement distinct. Dans le cas, comme à Marignane, où les conditions météo ne rentraient pas dans le cadre imposé par a PWA pour valider une épreuve de Slalom, il n'était donc pas possible de basculer sur du foil, puisque la ville d'accueil n'avait pas payé pour cette épreuve supplémentaire.

Pour éviter d'être de nouveau confronté à cette situation ubuesque, un certain nombre de coureurs demandent donc que les circuits de Slalom et de Foil soient mis en commun pour pouvoir choisir la discipline en fonction des conditions météo. Cette solution conduirait à du Foil entre 7 et 20 knt, et du Slalom entre 15 et 40 knt ... ce qui rend dès lors inutile le matériel de Slalom Light Wind (marché en très forte baisse), avantageusement remplacé de nos jour par le Foil.

Ce type de demande ne fait pas l'unanimité car chacun défend ses intérêts personnels, en fonction de sa compétitivité dans chacune des disciplines. Le spectacle et l'intérêt sportif passe évidemment en second plan. Bien sûr, ce sont des raisons que personne n'avance, et la plupart des réfractaires se réfugient derrière des arguments liés au matériel (alors que la plupart sont déjà sur-équipés). Alors oui, c'est UNE solution pour faire évoluer les choses, mais mon avis est qu'il faut surtout revoir l'esprit général de cette compétition pour qu'elle soit plus ouverte. Il faut aussi et surtout y redonner de l'intérêt, en limiter le cout exorbitant, la rendre plus équitable et éviter, comme c'est le cas aujourd'hui, qu'elle handicape le marché autant du point de vue de son image, que par ses aspects financiers et techniques. Il ne faut surtout pas oublier qu'une très grande majorité des couts directs et indirects de cette compétition est portée par les contribuables et les clients des marques de windsurf. Il est donc légitime que cet argent ne soit pas dépensé en allant à l'inverse de l'intérêt du marché

Les pistes d'une vraie transformation

Les vraies pistes de travail sont donc

1- Une jauge plus restrictive forçant le matériel de course à se rapprocher du matériel de "monsieur tout le monde". Après tout, une fois les règles établies, ça sera toujours le meilleur qui gagnera.

Ici, on parle de limitation drastique de la taille des voiles et des planches, et de leur complexité, sans pour autant revenir à une Bic Techno ! Cela doit obliger les concepteurs à revoir leur copie pour proposer du matériel offrant une image moins éloignée du marché, comme c'était d'ailleurs le cas il y a une bonne 15aine d'années. Le spectacle n'en était pas moins intéressant, bien au contraire. De la même façon, les avancées techniques bénficient ainsi bien plus directement au consomateur. Avec l'arrivée du foil, il serait bien dommage de ne pas pouvoir baisser la taille des voiles : là où le Slalom light wind se courrait avec des voiles de 10m2, l'évolution du matériel et des formats de course doivent permettre de valider des courses dans les même conditions de vent avec une 8m2. Il faut juste travailler techniquement sur le rendement du matériel, et accepter de ne pas s'accrocher aveuglément à des parcours "banane".

repartition des ventes

On peut rétorquer que cela favorisera des morphotypes plus légers, mais aujourd'hui tout est fait pour favoriser les lourds (est ce liée au fait que les règles sont établies justement par des lourds ? ... on peut légitimement le penser). Je pense surtout qu'en organisant des épreuves moins onéreuses, il est plus facile de les ramener vers des zones plus ventées où la problématique des gabarits sera moins cruciale. Aujourd'hui, trop d'étapes sont organisées dans des zones sans vent mais avec beaucoup de moyens financiers (Corée, Jpaon etc.) ! L'intérêt sportif ne peut qu'y gagner.

Concernant cet item, je donnerai 2 exemples édifiants issus d'autres domaines :

- Passage à des rayons de 35m sur les skis de GS adultes. Cette règle, visant à réduire la vitesse des coureurs, et donc l'accidentologie, a soulevé un tollé. Les marques et les coureurs ont travaillé dur pour intégrer ces nouvelles règles. 2 ans après, ils ont réussi à retrouver les même vitesses, en améliorant profondément la technique de ski, et le matériel. Ces progrès n'auraient jamais vus le jour sans évolution de la règle.

- Il y a de nombreuses année, la FIA a limité la puissance des moteurs en F1, et réduit la largeur des pneus pour diminuer la vitesse des bolides. De la même façon, les constructeurs ont travaillé d'arrache pied pour compenser ceci en faisant d'énormes progrès sur le rendement des moteurs, l'efficacité des appuis aérodynamiques etc. Régulièrement, la FIA durci les règles, provoquant à chaque fois des progrès techniques qui bénéficient très vite à nos véhicules personnels.

2- une limitation drastique de la quantité de matériel jaugé pour chaque saison. 3 flotteurs et 4 voiles sont amplement suffisants (avec la possibilité de remplacer 1 flotteur et 1 voile au cours de la saison en cas de casse) pour l'ensemble des disciplines que sont le Slalom et le Foil et pour la saison. A chacun d'être malin dans sa stratégie de choix, puis de faire avec. C'est d'autant plus facile si on cumule les 2 disciplines, et que l'on réduit la taille maximale des flotteurs et voiles autorisées. Cette évolution doit participer à contenir le cout d'une saison, et donc également à permettre l'accès à plus de candidats. Cela doit favoriser la compétence au détriment de la capacité financière.

3- des règles moins pointilleuses quant aux conditions météo. Une fois de plus, le but d'une compétition est de faire émerger la compétence technique et sportive. Celle ci doit être capable de s'exprimer dans toutes les conditions, même lorsqu'elles ne sont pas parfaites. On aimerai tous voir émerger des champions de funboard capables de gérer des changements de direction de vent, ou de vitesse, et non pas uniquement des champions de downwind dans le baston. On nous parle de limite de vent, et de besoin de voiles gigantesques, mais cela fait doucement sourire quand on constate la situation actuelle où l'on a du mal à valider une seule manche malgré une semaine avec du vent tous les jours !

4- en finir avec la règle qui consiste à utiliser du matériel de production. Cette règle avait initialement pour but de forcer les élites à utiliser un matériel plus standard, mais elle a été très rapidement dévoyée. Désormais, le matériel des élites est vendu à des clients qui n'ont ni l'entrainement ni les compétences pour en tirer partie. C'est un matériel très couteux, qui se déprécie extrêmement vite, sature le marché de l'occasion, handicape la trésorerie des magasin et des distributeurs et fait gonfler le cout des SAV. Qui plus est, les coureurs les plus fortunés arrivent à contourner partiellement cette règle. Il me parait beaucoup plus pertinent que l'on revienne à l'utilisation de prototypes (qui existent de toute façon dans le cadre du développement), et que l'on laisse les marques rendre les produits plus accessibles avant de les produire en série. Bien sûr, cette libération doit être faite dans le strict respect de la règle n°2 pour éviter l'envolée du cout. N'oublions pas que l'élite doit tirer en avant le marché, et non le torpiller ... d'autant plus que ces élites sont financées par le marché.

5- baisser de façon conséquente les frais d'organisation d'une étape de PWA, en cohérence avec ce qui se fait par exemple dans les séries IFCA Europe, RSX ou T293. En revenant à un train de vie plus décent, il sera plus aisé d'organiser des étapes dans des lieux cohérents avec les besoins de notre sport (avec du vent en particulier). C'est aussi une solution pour limiter le cout important des déplacements, sachant de 2/3 du plateau est européen. C'est enfin la possibilité d'intéresser de nouveau un public qui pourra assister aux épreuves (plus nombreuses et moins éloignées).

Bien sûr, ces solutions imposent une vraie remise en question au sein d'un groupe très conservateur. Pour la plupart, ces solutions sont directement issues de ce qui se fait dans d'autres sport avec succès. Le windsurf ne peut pas rester en marge. Il me semble que vous, nous qui finançons indirectement l'activité des élites, méritons largement une prise de conscience et une évolution durable.

Windfoil - Test de la Tabou AirRide 81